Le laxisme n’est pas une option

Lundi, 26 avril, 2021
Brian Myles, Le Devoir

Un éditorial bienvenu de Brian Myles du Devoir. L'intervention de l'État est nécessaire pour réduire les effets de la surchauffe et protéger les consommateurs des surenchères sauvages. 

Extrait :

De l’autre, il y a une surchauffe du marché immobilier pour des raisons mixtes que l’on peut résumer succinctement par une inadéquation entre l’offre et la demande, des migrations interrégionales vers les banlieues immédiates accentuées par la crise sanitaire, par un recul de la pauvreté et par un accroissement rapide de l’épargne des Québécois (le taux d’épargne net est passé de 6,8 % à 18,4 % de 2019 à 2020).

[...] L’emballement du marché contribue à l’émergence de pratiques totalement irrationnelles de la part des vendeurs et des acheteurs. Les premiers profitent de leur position de force pour faire monter les enchères tandis que les seconds abandonnent les règles élémentaires de prudence en renonçant à des protections telles que l’inspection conditionnelle et la garantie légale, de peur d’être écartés de la course à la propriété.

Il serait tentant de laisser le jeu de l’offre et de la demande faire son œuvre, sachant qu’en économie, tout ce qui monte trop brutalement finit par redescendre dans des lendemains qui déchantent. Mais justement, des ménages dansent un tango inégal. Quand la musique cessera, quand la bulle crèvera, les iniquités générationnelles atteindront des proportions indécentes. Pendant que les vendeurs plus « matures » auront capitalisé sur la valeur de leur placement, les acheteurs plus jeunes traîneront le boulet d’une hypothèque stratosphérique pendant une bonne partie de leur vie active, avec l’espoir fragile du maintien des taux d’intérêt à leurs planchers historiques comme seul prix de consolation.

[...]

Mais il y a tout de même une marge à faire preuve d’un laxisme aussi éhonté que celui de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest. Dans un entretien décousu à La Presse, celle-ci a renvoyé le fardeau de gérer la crise dans la cour du citoyen. À lui de se responsabiliser, dit-elle en substance. Témoignant d’une piètre maîtrise du dossier, la ministre Laforest justifie sa politique non interventionniste sur l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ), ses « amis courtiers », et son expérience personnelle. S’appuyant sur des sources aussi limitées, voire des anecdotes, il n’est pas surprenant que la ministre arrive avec une lecture de la réalité aussi nonchalante. Le premier ministre, François Legault, fait un pari risqué en lui confiant la responsabilité de préparer le nouveau plan d’action gouvernemental en habitation, en 2022.

Plus pragmatique, le ministre des Finances, Eric Girard, envisage de légiférer pour empêcher les transactions sans inspection et pour rendre publiques les offres d’achat concurrentes. Ce sont des mesures minimalesqu’il faut mettre en place rapidement pour assurer la protection des consommateurs et refroidir le marché.

[...]

L’accroissement de l’offre, l’interventionnisme prudent et le passage du temps devraient permettre un retour à un marché rationnel. C’est un dossier à surveiller pour le gouvernement Legault, quoi qu’en pense l’insouciante ministre Laforest.